Critiques et autres broutilles

Critiques, analyses et autres coups de gueule...

30 novembre 2009

L'Imaginarium du Dr Parnassus

Terry Gilliam dans tous ses états

 

Comment aborder ce film si barré et difficile d’accès à la fois ? Car disons le tout de suite, si L’Imaginarium du Dr Parnassus nous a transporté, c’est sans compter les longueurs et les décrochages inévitables d’un film pourtant haut en couleurs ! Les inconditionnels aimeront. Après Le Baron de Münchausen, Les Frères Grimm et Tideland (tous les deux boudés par la presse et le public), le scénariste et réalisateur, ancien Monty Python, nous revient plus décalé que jamais ! Inutile donc d’ajouter que les spectateurs moins convaincus ne trouveront pas leur compte dans ce nouvel opus.

C’est que Terry Gilliam a tout d’un cinéaste maudit. Ayant perdu la confiance des producteurs qui le jugent désormais réalisateur à risques, le cinéaste voit la date de tournage de ses films reculer à chaque pas qu’il fait. Un cauchemar qui n’est pas sans rappeler l’univers surréaliste et angoissant dans lequel le Dr Parnassus plonge parfois les âmes innocentes qui viennent à sa rencontre… Problèmes de financements, d’acteurs, de droits, et parfois même, problèmes météorologiques ( !), Terry Gilliam se voit souvent dans l’obligation d’abandonner films sur films. On se souviendra du sublime projet L’Homme qui tua Don Quichotte que Jean Rochefort, acteur principal, dut interrompre pour raisons de santé. Les Frères Grimm voit également disparaître un des acteurs quand L’Imaginarium perd lui le talentueux Heath Ledger en plein milieu du tournage.

Or c’est là que l’illusionniste va opérer. En véritable fabriquant d’images, Terry Gilliam, qui voit son film à nouveau au bord du gouffre, décide de tricher avec le sort. En vrai magicien, il va « truquer «  chaque plans de son film. Et Heath Ledger de continuer à vivre… Se met alors en place la formidable mise en abime d’un cinéma des premiers temps qui renaît sous les doigts enchanteurs du cinéaste et sous nos yeux émerveillés. L’Imaginarium c’est ce théâtre ambulant des fêtes foraines d’alors. Cette boîte à Pandore, ce cabinet des curiosités ou des horreurs qui va nous révéler quelque chose de l’invisible. Cette chambre noire où dansent des ombres, nos peurs, nos désirs. Tous fantasmes devient une projection et toute projection prend vie dans un monde sans limites. Ce « bocal » à images, en d’autres termes, c’est le cinéma.

Teinté de caligarisme et un brin voisin de l’univers de Tim Burton, la dernière aventure visuelle de Terry Gilliam compte l’histoire d’un illusionniste qui vend au diable l’enfant qu’il mettra au monde en échange de la jeunesse. Le Dr Parnassus, aux allures faustiennes, doit piéger cinq âmes innocentes dans son Imaginarium s’il veut sauver sa fille. La trouvaille du film, disons le tout de suite, c’est le génial Tom Waits qui prête ses traits au diable et joue le sadisme à la perfection ! Mais le cœur du film, sa raison même d’exister, c’est l’ingénieux jeu de cache-cache que Terry Gilliam mit en place pour sortir son film de l’ombre. Heath Ledger, alias Tony, anti héros amnésique que l’on découvre pendu au début de l’histoire, « revit », dans tous les sens du terme, grâce à la petite troupe de l’Imaginarium qui le sauve de son faux suicide, et grâce aux talents démultipliés de trois acteurs qui se jettent à sa rescousse lors de l’annonce de sa disparition.

Soit Johnny Depp, plus barré que jamais, Jude Law, malicieux et enfantin et Colin Farell, séducteur incorrigible ! A chaque miroirs traversés, Heath Ledger devient tour à tour l’un de ses compères, nous prouvant ainsi, selon les propres dires de son personnage que « rien n’est permanent, pas même la mort ». 

Posté par CecileBrou à 20:55 - Films - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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